Les médicaments anciens sont éprouvés, efficaces et peu coûteux ! Cet arsenal thérapeutique précieux doit rester accessible à tous les patients !
Lettre ouverte de l’USPO au Premier ministre et à la ministre de la Santé
Monsieur le Premier ministre, Madame la ministre de la Santé,
Les médicaments remboursés à 15 % par l’Assurance maladie obligatoire vont passer à 5 %, et certains médicaments à service médical rendu (SMR) faible à 30 % vont être remboursés à 15 %. Contrairement à ce qui est dit, ces médicaments restent efficaces. On y retrouve notamment des hypnotiques, des médicaments contre la constipation et de nombreux traitements utiles au quotidien… Cette mesure représente un transfert d’au moins 1,2 milliard d’euros vers les complémentaires santé qui, bien sûr, répercuteront ce transfert dans une augmentation des cotisations annuelles déjà insoutenables, particulièrement pour les personnes âgées.
Ces mesures sont envisagées pour une application au 1er janvier 2027, créant ainsi un cinquième taux de remboursement des médicaments. Merci pour la simplification attendue !
Ces médicaments ont des prix très bas, souvent des génériques ayant déjà subi de nombreuses baisses tarifaires. Peu coûteux, avec la franchise de 1 euro par boîte et cette nouvelle augmentation du ticket modérateur, ils deviennent de fait non remboursables par l’Assurance maladie obligatoire alors même qu’ils concernent tous les patients.
La croissance du poste médicament est principalement liée à la mise sur le marché de traitements très coûteux qui n’apportent pas toujours une amélioration thérapeutique suffisante (ASMR), comme le souligne la Haute Autorité de santé (HAS), et dont les conditions de prescription et de remboursement ne sont pas suffisamment contrôlées. Le médicament le plus onéreux coûte à lui seul près d’un milliard d’euros par an à l’Assurance maladie. Le rapport « Charges et Produits » de la CNAM reprend les mêmes conclusions, confortés par les dernières études de la DREES.
Ces médicaments coûteux concernent moins de 1 % des patients, mais représentent près de 50 % des dépenses de médicaments de l’Assurance maladie. Céder au lobbying des industriels et à leur pseudo innovation pourrait mettre à mal notre pacte social.
L’industrie pharmaceutique a investi plus de 2,8 milliards d’euros en 2026 auprès des prescripteurs, au titre de la recherche et de l’information, une grande partie relève plus d’incitations à la prescription.
Les stratégies de contournement de la substitution y sont largement promues afin d’éviter la prescription de génériques et de biosimilaires en incitant à utiliser le « non substituable » de façon quasi systématique, sans contrôle de l’Assurance maladie.
L’affaire du Mediator est-elle déjà oubliée ?
Quelques laboratoires pharmaceutiques, en particulier ceux qui investissent aux États-Unis, prônent cette stratégie. Le choix proposé aujourd’hui montre qu’ils ont été malheureusement entendus.
Quelle naïveté, et quelle faute stratégique ! Notre arsenal thérapeutique doit être préservé grâce à des médicaments éprouvés, efficaces et peu coûteux, avec une volonté forte de les fabriquer en Europe. C’est cette politique que nous devrions soutenir avec l’Assurance maladie, plutôt que de la sacrifier.
Oui à l’innovation, bien sûr, mais à une innovation contrôlée, utilisée avec pertinence, soutenue par des investissements en Europe et non érigée en étendard pour influencer les décisions politiques.
Cette proposition est d’autant plus inacceptable que tous les postes de dépenses ne sont pas concernés, alors que leur contribution au dérapage des comptes est identique, voire supérieure, aux postes impactés. Cela aurait permis de mieux lisser les efforts en les répartissant de façon plus équitable.
Ce traitement stigmatisant est une injustice doublée d’une inefficacité. Devant une telle erreur stratégique, devant de telles inégalités de traitement, devant une telle absence de contrôle dans l’usage des médicaments innovants, il est nécessaire d’informer la population sur des arbitrages effectués sous influence, sans cohérence et sans concertation.
