Rencontres de l’USPO 2026 : un nouvel élan pour la pharmacie d’officine
Les Rencontres de l’USPO 2026 confirment la tendance ressentie durant la mobilisation de la profession en 2025 : la pharmacie d’officine française est à un tournant stratégique.
Réunissant les principaux acteurs institutionnels, professionnels et économiques du secteur de la santé, les visions expertes qui ont été partagées convergent vers un enjeu central : accompagner la transformation du métier de pharmacien tout en préservant l’indépendance et la pérennité du modèle officinal.
La pharmacie : pivot stratégique de notre système de santé de proximité
Agnès Buzyn & Yannick Neuder – Regards croisés de Ministres de la santé

En ouverture, Agnès Buzyn rappelle le rôle central du pharmacien d’officine comme acteur de santé de proximité et de confiance, pleinement intégré aux parcours de soins et familier des enjeux de santé publique. Elle insiste sur la nécessité de réaliser des réformes au service de l’intérêt général et de l’intérêt des patients tout en renforçant la place centrale de l’officine dans la prévention et l’accompagnement de nos concitoyens.
De son côté, Yannick Neuder alerte sur le risque systémique de la financiarisation des officines, susceptible de fragiliser l’indépendance des pharmacies et, à terme, l’accès aux soins. Il défend la nécessité d’un modèle officinal soutenable, reconnaissant l’épicentre que représentent les missions de santé publique sans déséquilibrer l’économie des pharmacies.
Table ronde 1 : Un nouvel élan déterminant pour la pharmacie d’officine

Muriel Dahan (Unicancer) – Le pharmacien est un acteur à privilégier pour effectuer le recueil des données en vie réelle
Depuis la loi HPST, le rôle du pharmacien comme acteur central de la santé publique n’est plus à démontrer. En vue de l’évolution du cadre de prise en charge des pathologies oncologiques, il est essentiel d’établir des liens plus étroits entre pharmaciens officinaux et pharmaciens hospitaliers pour garantir un suivi optimal des patients.
Professionnel de santé de proximité par excellence, le pharmacien est tous les jours au plus près des patients, le mieux placé pour effectuer un recueil des données en vie réelle sur la qualité de vie.

Thomas Fatome (CNAM) – Une montée en puissance des missions du pharmacien

Les chiffres présentés illustrent la transformation dynamique de notre métier :
- 95 % des pharmacies participent à la vaccination
- 80 % de taux de lisation des kits de dépistage du cancer colorectal dispensés en pharmacie
- 750 000 TROD angine réalisés en officine
Ces données confirment une tendance forte : la pharmacie d’officine renforce son rôle clef dans le parcours de soins coordonnés.
Le sujet portant sur le rôle du pharmacien et de ses nouvelles compétences traduit la convergence d’une double volonté politique et intraprofessionnelle de faire évoluer le système.
Carine Wolf-Thal (CNOP) – L’impératif de vision et de coordination
Il est indispensable d’une part, d’arrêter de raisonner en silo et d’autre part, d’avoir une vision à long terme sur un projet de loi. La coordination entre professionnels de santé est primordiale pour obtenir une pertinence des soins et de l’accompagnement des patients.
Le nouveau Code de déontologie renforce le rôle du pharmacien en préservant son indépendance professionnelle qui est un des piliers fondamentaux du monopole pharmaceutique.

Pierre Pribile (DSS) – Trouver des sources d’économie et réformer le modèle économique de la pharmacie

La sécurité sociale fait actuellement plus de 20 milliards de déficit. Le risque principal est existentiel. Aujourd’hui, nous devons renforcer le chemin vers l’efficience.
Le rapport IGAS-IGF, qui a été présenté à la profession, nous renseigne sur la situation paradoxale dans laquelle nous sommes aujourd’hui, “les acteurs dont la situation économique est bien plus florissante sont ceux dont l’impact en santé publique est probablement le plus faible”.
Le message est clair : le modèle économique de la pharmacie d’officine doit évoluer d’un modèle basé sur le volume de vente des produits de santé à un modèle basé sur la rémunération à l’acte et à l’impact sur la santé publique. Le chemin sera progressif car on ne peut changer le modèle économique d’une profession du jour au lendemain.
Gérard RAYMOND (France Assos Santé) – Consolider une dynamique collective des acteurs sur les territoires de santé
Les patients sont de plus en plus inquiets face à un système de santé sclérosé qui ne fonctionne pas et/ou qui ne répond plus à leurs attentes. Il est fondamental de créer un parcours de santé avec des données de santé sécurisées.
Le pharmacien est le pivot de l’accès au système de santé. C’est pour cela que le maillage officinal doit être un socle sur lequel rénover notre système de santé. Il faut créer une dynamique collective sur le territoire avec l’ensemble des acteurs au service des patients, du système de santé et de la protection sociale.

Bilan chiffré : analyse économique du secteur officinal
Antoine Collet (IQVIA) – Croissance du chiffre d’affaires mais fragilité du réseau
Les chiffres clés de la pharmacie en France en 2025 :
- 49 milliards d’euros de chiffre d’affaires (+6,2 %)
- croissance tirée par les médicaments à forte valeur.
Mais des signaux d’alerte :
- fermeture d’une pharmacie par jour ouvré en France
- risque de disparition de 1 000 officines encore d’ici 2030.
Une évolution qui interroge la pérennité du maillage officinal en France. On observe une fragilisation au niveau du réseau sur certains territoires nécessitant davantage d’accompagnement. La transformation digitale est également un enjeu majeur pour 2026.

Louis Maertens (CGP) – Concentration du marché et baisse de la valeur des officines
De son côté, l’expertise comptable confirme une mutation du marché :
- concentration de l’activité,
- baisse du prix de cession des petites pharmacies,
- et difficultés de transmission.
Résultat : nous sommes face à un risque de désertification pharmaceutique dans certains territoires. Les prix de cession des pharmacies sont en baisse avec des petites pharmacies qui sont peu valorisées et qui ne sont malheureusement pas toujours rachetées.
Table ronde 2 : Préserver l’indépendance professionnelle face au fléau de la financiarisation
Bernard Jomier (Sénateur) – Les politiques doivent être à la hauteur de l’enjeu

L’Assurance maladie parle de ce fléau depuis plusieurs années mais les décisions politiques visant à lutter contre le fléau de la financiarisation sont inexistantes.
Aujourd’hui, les parlementaires français sont favorables à l’accélération de la lutte contre la financiarisation mais la volonté de l’exécutif fait encore défaut.
Les dérives constatées dans plusieurs professions du secteur de la santé obligent instamment les pouvoirs publics à des textes structurels et structurants qui vont coûter chers mais qui sont absolument indispensables pour préserver la santé des français et l’avenir de la protection sociale.
Florian Bon (DGOS) – Définir la financiarisation pour mieux l’appréhender
Il ne faut pas résumer la financiarisation à la dichotomie public-privé. La financiarisation des pharmacies correspond à l’entrée d’investisseurs passifs non pharmaciens dans le capital des officines qui conduit à la perte d’indépendance du titulaire dans son exercice professionnel.
En pharmacie d’officine, on observe deux modalités d’action de la financiarisation
- les obligations convertibles en action (OCA),
- et les montages contractuels complexes.
en tant que chefs d’entreprises jouant un rôle de santé publique, il est indispensable que les titulaires d’officine montent en compétence sur la gestion et la préservation de l’indépendance de leur activité.

Eric Thiebaut (Juris Pharma) – Complexité et opacité des montages financiers

Le danger réside dans l’invisibilisation des montages financiers complexes puisque l’Ordre national des pharmaciens ne sait pas aujourd’hui d’où viennent les capitaux des officines. On constate que les investisseurs visent principalement des étudiants et des pharmaciens peu fortunés auxquels ils proposent un paquet clef en main pour leur installation. Or, les contrats proposés à la signature par les financiers sont particulièrement sévères et redoutables pour le titulaire d’officine :
- Forts taux d’intérêt pouvant aller jusqu’à 17% avec impossibilité de remboursement par anticipation pendant 12 ans ;
- OCA avec une prime de non conversion exorbitante ;
- pacte d’associés comportant des clauses extrêmement strictes menant par exemple à l’impossibilité de changer de partenaires/prestataires : grossiste-répartiteur, expert-comptable, avocat, LGO, groupement…etc.
La plupart de ces dossiers engendrent des drames humains car les titulaires n’arrivent plus à s’en sortir. Il est urgent de légiférer pour encadrer le financement des pharmacies afin de préserver l’indépendance professionnelle de l’entier maillage officinal français.
Carine Wolf-Thal (CNOP) – Préserver l’indépendance des pharmaciens et de la santé publique
Les alertes sont fortes :
- perte progressive d’autonomie
- pression financière accrue
- complexité juridique croissante
L’enjeu central est la préservation coûte que coûte d’une pharmacie indépendante au service des patients.
Les montages financiers étant de plus en plus complexes et nécessitant une expertise forte, l’Ordre national des pharmaciens est en train de se doter en interne des compétences pour pouvoir assurer le suivi et contrôle des dossiers.

Noémie Chantrel-Richard (ANEPF) – Mieux armer les pharmaciens
Comment mieux armer les futurs pharmaciens pour se prémunir contre le phénomène de financiarisation ?
Il est clair qu’aujourd’hui les étudiants ne sont pas assez sensibilisés sur cet épineux sujet. Nous n’avons pas conscience de ce fléau quand nous sortons de l’université.
La réforme du troisième cycle (R3C) permet d’aborder davantage le sujet de manière théorique et plus vaste grâce à une présence renforcée des étudiants au sein des officines ce qui favorisera les échanges directs et informels entre étudiants et pharmaciens.

Discours de clôture : Vers l’officine de demain
Le Président de l’USPO Pierre-Olivier Variot conclut avec une vision claire. La pharmacie d’officine est plus que jamais à un tournant stratégique de son avenir avec l’hybridation de notre modèle entre objectifs de santé publique et pérennité économique.
Pour réussir collectivement cette transition nécessaire et défendre le monopole pharmaceutique :
- le modèle économique doit être repensé,
- le rôle du pharmacien doit être renforcé,
- et l’indépendance de notre exercice professionnel doit être préservée.
Si la recette n’est pas évidente, cette transformation structurelle ne pourra aboutir qu’avec les ingrédients suivants :
- une profession massivement engagée pour continuer de renforcer le rôle de proximité du pharmacien ;
- des institutions et politiques convaincus du rôle central du maillage officinal sur tout le territoire ;
- une simplification administrative libérant du temps patient qualitatif pour le pharmacien ;
- et des patients confiants dans l’accompagnement quotidien au comptoir de leur pharmacie de proximité.

Alors innovons ensemble pour que la santé des français continue de s’améliorer avec des missions toujours plus pertinentes et opérationnelles en pharmacie.
La profession attend impatiemment plusieurs textes stratégiques pour son avenir :
- la généralisation d’OSyS,
- la proposition de loi de Yannick NEUDER, actuellement en débat au Parlement, qui instaure le rôle du pharmacien dans le dépistage et la prise en charge de l’hypertension-artérielle,
- le plan d’action du gouvernement pour lutter contre la financiarisation,
- et l’ouverture d’un avenant n°3 qui soit structurel et structurant pour que plus aucun de nos confrères ne soient en souffrance.
L’innovation en officine s’incarne également de manière plus sectorielle. C’est pour cela que l’USPO a rédigé une proposition de loi sur la santé sexuelle qui vise à améliorer la prévention en matière de contraception et la lutte contre les IST et le VIH, que nous soumettrons bientôt au Parlement.
La presse parle de nous !
- Groupements : le rapport IGAS-IGF ravive les tensions sur la valeur officinale, PHARMA365
- Contraception, VIH, dépistage : François Hollande portera une loi pour renforcer le rôle du pharmacien, LE MONITEUR DES PHARMACIES
- Financiarisation : médecins, infirmiers, pharmaciens, des tentacules sur tout le système de santé ,LE MONITEUR DES PHARMACIES
- Les groupements épinglés par la Sécurité sociale, LE QUOTIDIEN DU PHARMACIEN
- Cancérologie : Muriel Dahan veut faire entrer l’officine dans la chaîne clinique, LE MONITEUR DES PHARMACIES
- L’Assurance maladie se dit résolue à avancer sur les missions et compétences de la profession, CONTEXTE
- La Cnam salue la réussite des nouvelles missions des pharmaciens, APMNEWS
- Les premières pistes de la DGOS pour encadrer la financiarisation de la santé,APMNEWS
