Endométriose : éclairage sur le dispositif EndoAct France
28 mars : journée mondiale dédiée à l’endométriose
L’officine apparaît progressivement comme un maillon clé du repérage et de l’accompagnement des patientes concernées.
Encore trop souvent diagnostiquée tardivement et marquée par des années d’errance médicale, l’endométriose toucherait plus d’une femme sur dix. Au comptoir, les pharmaciens sont régulièrement confrontés à des douleurs inexpliquées, à des dispensations répétées d’antalgiques ou à des interrogations autour des traitements hormonaux : autant de signaux qui peuvent alerter.
Rencontre avec une consœur convaincue que la pharmacie a toute sa place dans le parcours de soins des femmes atteintes d’endométriose !

Pharmacienne titulaire engagée, Lore-Anne Viénot-Trillou a fait de cette problématique de santé publique un axe structurant de son exercice.
En créant le dispositif EndoAct France, elle œuvre à outiller les équipes officinales afin de faciliter le repérage précoce et l’orientation des patientes dans leur parcours de soins.
Comment est né EndoAct France et à quel moment avez-vous réalisé que le pharmacien pouvait jouer un rôle déterminant dans le repérage de cette pathologie et dans la réduction de l’errance diagnostique ?
En 2020, j’ai créé EndoAct France pour construire un programme d’éducation thérapeutique pluriprofessionnel ville-hôpital pour les femmes atteintes d’endométriose. Dès le départ, je voulais y intégrer le pharmacien. En me formant, j’ai compris que l’endométriose est le plus souvent symptomatique et que l’interrogatoire est central dans le diagnostic. Sans aller jusqu’à un outil d’aide au diagnostic, parce que ce n’est pas notre rôle, nous pouvons agir plus tôt, par un repérage précoce. Les résultats de l’expérimentation 2024 ont montré que le pharmacien pouvait contribuer à réduire l’errance diagnostique : 33% des femmes repérées ont été diagnostiquées en seulement 2 mois, alors que l’errance est encore estimée à 10 ans en moyenne.
En quoi l’officine constitue-t-elle un lieu stratégique pour accompagner les patientes atteintes d’endométriose ?
Grâce à son accessibilité, l’officine est un lieu de santé incontournable pour ces femmes. Un pharmacien formé peut repérer des prescriptions inadaptées comme des sur-prescriptions d’antalgiques de palier II ou III. Il peut travailler en coordination avec les autres professionnels de premier recours pour optimiser la prise en charge médicamenteuse. Le pharmacien peut aussi proposer une approche plus globale avec la phyto-aromathérapie ou la micronutrition, tout en restant vigilant sur les interactions. Et orienter, quand c’est pertinent, vers des approches complémentaires dont l’intérêt a été montré, comme l’acupuncture ou l’ostéopathie[1] . L’officine a vraiment toute sa place dans ce parcours de soins.
Quels objectifs poursuivez-vous à travers cette initiative ?
Mon objectif principal : que le repérage et l’orientation de ces femmes intègrent les nouvelles missions du pharmacien, pour avoir un réel impact sur la réduction de l’errance diagnostique. Et mon objectif secondaire, qui en découle, est que le pharmacien soit reconnu par décret comme professionnel intervenant dans leur parcours de soins.
À ce jour, combien de pharmacies sont engagées dans le dispositif ?
Plus de 300 pharmaciens et préparateurs sont aujourd’hui formés, ce qui représente environ 180 pharmacies partenaires. Toutes ne figurent pas sur le site. Les équipes qui souhaitent rejoindre le dispositif peuvent nous contacter directement via le site EndoActFrance.com

Quel est le premier signe à identifier au comptoir pour se lancer dans une action de repérage de l’endométriose ?
Les douleurs de règles. Ça peut paraître simple, mais c’est souvent le premier signal. Avec EndoAct, c’est la porte d’entrée pour ouvrir le dialogue. Le pharmacien est souvent le premier professionnel à qui ces femmes en parlent. Et le dispositif contribue justement à ne plus banaliser ces douleurs.
Comment aborder le sujet sans être intrusif, notamment auprès des jeunes patientes ?
Tout l’enjeu est dans la formation. Le questionnaire est simple et reproductible, mais il faut travailler sa posture, ses mots, l’ordre des questions. L’idée n’est pas d’interroger de façon frontale, mais d’ouvrir le dialogue à partir d’un motif simple, ici les douleurs de règles. Avec les jeunes patientes surtout, c’est une question de bienveillance et de confiance.
À l’occasion du 28 mars, quelles actions concrètes les officines peuvent-elles mettre en place pour sensibiliser et accompagner les patientes ?
Les ressources du Cespharm® sont une bonne base pour fournir des brochures et des affiches d’information. Les officines peuvent aussi collaborer avec les associations de patientes comme EndoFrance ou EndoMind, ou informer les patientes de l’existence des filières régionales endométriose, qui possèdent un annuaire de professionnels de premier recours formés. Et cette journée peut être l’occasion d’organiser un atelier en officine : alimentation, gestion des douleurs, fertilité…. Mais au-delà du 28 mars, les pharmacies peuvent créer un espace où ces femmes se sentent écoutées, orientées, et accompagnées tout au long de l’année
Propos recueillis par Laura Cerminara
[1] Cong Chen et al. Acupuncture pour l’amélioration clinique de la douleur liée à l’endométriose : revue systématique et méta-analyse. Arch Gynecol Obstet. [En ligne]. 2024 oct;310(4):2101-2114. Disponibilité sur internet : <https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11393010/.
E Bonner P et al. Traitement ostéopathique par manipulation dans la dysménorrhée : une revue systématique. [En ligne]. 2024. Disponibilité sur internet : <https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10882259/.
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