Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine (USPO)

Le mot du Président

PLFSS 2027 : nos 20 propositions pour faire de l’efficience un projet collectif pour notre système de santé

Chères consœurs, chers confrères,

En cette rentrée, je souhaite partager avec vous la lettre ouverte adressée à Madame la ministre de la Santé et à Monsieur le Directeur de la Sécurité sociale, qui témoigne des actions que l’USPO entend mener en cette rentrée, notamment dans le cadre des discussions du PLFSS 2027.

Cette lettre marque ainsi le début de notre mobilisation et les démarches que nous allons entreprendre dans les prochaines semaines pour défendre les intérêts de la profession.

Bien confraternellement,

Pierre-Olivier VARIOT, Président de l’USPO


Madame la ministre de la Santé, Monsieur le Directeur de la Sécurité sociale,

À l’heure où se prépare le PLFSS pour 2027, notre système de santé est confronté à une équation difficile : maîtriser durablement la progression des dépenses sans dégrader l’accès aux soins et la qualité des prises en charge, ni fragiliser davantage les professionnels qui font vivre notre système de santé au quotidien.

L’USPO souhaite prendre toute sa part à cet effort.

Nous sommes un syndicat progressiste. Nous considérons que défendre la pharmacie d’officine ne consiste pas à refuser toute évolution ou toute recherche d’efficience. Au contraire, nous voulons contribuer à transformer notre système de santé pour le rendre plus pertinent, plus préventif, mieux coordonné et économiquement soutenable.

Les pharmaciens ont démontré depuis des décennies leur rôle d’acteurs majeurs de la maîtrise des dépenses : développement du médicament générique, droit de substitution, accompagnement des biosimilaires, sécurisation des prescriptions, prévention de la iatrogénie, amélioration de l’observance, vaccination, dépistage et plus récemment, prise en charge directe de certaines pathologies du quotidien.

Les pharmaciens ne sont pas seulement une dépense pour l’Assurance maladie : ils sont aussi, et depuis longtemps, des producteurs d’économies notables pour notre système de santé.

Cette contribution doit être reconnue.

Car, dans le même temps, le réseau officinal souffre. Les fermetures se poursuivent, le maillage territorial se rétracte et de nombreuses pharmacies voient leur équilibre économique se fragiliser. Chaque pharmacie fermée est pourtant un point d’accès aux soins essentiel qui disparaît avec elle. Nous refusons donc une logique dans laquelle l’efficience serait synonyme de baisse uniforme des rémunérations ou de prélèvements supplémentaires sur les professionnels de proximité.

Il existe d’autres économies. Nous proposons de les développer dans vingt propositions pour le PLFSS 2027, avec une conviction : avant de réduire l’offre de soins, il faut traquer la non-pertinence, le gaspillage, les stratégies de contournement et les défauts d’organisation.

La croissance de la dépense pharmaceutique est aujourd’hui largement portée par les médicaments les plus coûteux. Les médicaments de plus de 150 euros HT représentent moins de 1 % des volumes, mais concentrent près de la moitié de la dépense avant remises conventionnelles.

Nous proposons donc de développer une prescription renforcée pour les médicaments les plus onéreux, reposant sur des critères de prise en charge définis à partir des recommandations de la HAS.

Il ne s’agit pas de limiter la liberté de prescription du médecin. Il s’agit de distinguer la liberté de prescrire de la responsabilité collective de financer et de garantir que la solidarité nationale rembourse les traitements dans les situations où leur efficacité et leur pertinence sont établies.

Une amélioration de seulement 1 % de la pertinence sur ce périmètre représenterait environ 264 millions d’euros d’économies annuelles.

Notre système doit également mieux valoriser l’innovation réelle. Lorsqu’une nouvelle spécialité n’apporte aucune amélioration du service médical rendu (ASMR V) et qu’il existe une alternative générique, biosimilaire, hybride ou thérapeutique significativement moins coûteuse, il est légitime que son remboursement au prix supérieur soit conditionné à une justification médicale.

L’objectif n’est pas d’empêcher l’innovation mais exactement l’inverse : orienter les investissements vers les innovations qui apportent réellement une plus-value thérapeutique ou de qualité de vie aux patients.

Nous devons notamment éviter que l’arrivée d’un générique ou d’un biosimilaire soit immédiatement contournée par le détournement des prescriptions vers une nouvelle présentation ou une nouvelle spécialité plus coûteuse sans bénéfice clinique supplémentaire. Notre proposition vise à étendre la régulation aux spécialités ayant obtenu une ASMR V lorsqu’une alternative génériquée significativement moins coûteuse existe.

La solidarité nationale doit financer l’innovation, pas les stratégies industrielles de contournement de la concurrence.

Le développement des génériques a constitué l’une des politiques d’économies les plus efficaces de ces dernières décennies, avec les pharmaciens acteurs opérationnels de cette transformation. Pourtant, des marges d’efficience persistent.

Sur le seul champ étudié par l’USPO, après exclusion des situations pouvant objectivement justifier une moindre substitution, atteindre une cible réaliste de 90 % de substitution permettrait encore d’éviter près de 37 millions d’euros de dépenses annuelles.

Nous proposons donc des mesures simples : rendre la DCI réellement prioritaire dans les logiciels de prescription, supprimer les fonctionnalités informatiques qui entravent artificiellement la substitution et mieux encadrer les motifs de non-substitution. La même logique doit prévaloir pour les biosimilaires : leur développement nécessite une concurrence durable et un différentiel économique suffisamment incitatif. Un alignement trop rapide du prix du médicament de référence détruit l’incitation avant même que le marché biosimilaire ne soit efficient.

Une politique d’économies peut également être parfaitement compréhensible par les patients. Pourquoi continuer à rembourser des boîtes dont le conditionnement ne correspond pas à la durée du traitement recommandé par les autorités ?

L’adaptation des conditionnements permettrait d’agir à la source du gaspillage, en évitant que l’Assurance maladie finance des médicaments qui ne seront jamais utilisés. C’est une voie plus simple et économiquement plus rationnelle qu’une généralisation de la dispensation à l’unité nécessitant des investissements et des coûts de fonctionnement important.

Des investissements considérables ont été réalisés dans le numérique en santé. Ils doivent désormais produire des gains d’efficience.

Nous proposons que l’alimentation du DMP devienne automatique et systématique pour tout acte ou produit pris en charge par l’Assurance maladie : prescription, dispensation, biologie, imagerie, hospitalisation ou soins infirmiers.

La CSBM représentait déjà 249 milliards d’euros en 2023. Même une réduction marginale des examens redondants, des interactions médicamenteuses, des actes répétés ou des défauts de coordination représenterait un potentiel considérable, tout en améliorant la qualité des soins.

L’efficience ne se résume pas au prix des médicaments. Les ruptures de parcours, les réhospitalisations évitables et les consultations mobilisées pour de simples renouvellements ont également un coût.

Nous proposons que les professionnels de proximité du patient – notamment pharmacien et infirmier – puissent être identifiés dès l’hospitalisation et associés à la préparation de la sortie hospitalière. Nous proposons parallèlement d’accélérer réellement le déploiement du pharmacien correspondant, notamment pour les patients en ALD, afin de libérer du temps médical et améliorer le suivi des traitements.

Chaque acte pouvant être réalisé efficacement en proximité doit permettre au médecin de consacrer davantage de temps aux situations nécessitant son expertise.

Enfin, certaines économies peuvent être réalisées sans diminuer d’un euro les soins apportés aux patients. C’est notamment le cas du recours contre tiers. Lorsqu’un accident relève de la responsabilité d’un tiers assuré, l’Assurance maladie avance les frais mais doit pouvoir les récupérer. Pourtant, toutes ces situations ne sont pas aujourd’hui détectées ou exploitées.

Nous proposons donc d’automatiser davantage leur identification et le croisement des informations nécessaires entre l’Assurance maladie, les professionnels de santé et les assureurs.

Les 20 propositions de l’USPO traduisent une conviction simple : l’efficience doit permettre de préserver l’offre de soins, et non de l’affaiblir.

L’USPO est prête à prendre toute sa part dans cet effort, en renforçant son engagement sur les génériques et biosimilaires, la pertinence des prescriptions, la prévention, la coordination des parcours et les nouvelles missions permettant de libérer du temps médical. Mais cet engagement doit s’inscrire dans un pacte équilibré avec l’État et l’Assurance maladie : les économies générées grâce au réseau officinal ne peuvent être systématiquement suivies de nouvelles baisses de ressources, alors que son maillage se rétracte et que son équilibre économique se fragilise.

Une part des gains d’efficience obtenus doit être réinvestie dans les missions et le réseau qui les rendent possibles, selon une logique de partage de la valeur et d’intéressement aux économies produites. L’ensemble de nos propositions détaillées pour le PLFSS 2027 est à votre disposition, et l’USPO est prête à les présenter, à les documenter et à travailler avec vos services à leur mise en œuvre.

Notre ambition est claire : faire du pharmacien un partenaire pleinement engagé dans l’efficience du système de santé, pour mieux substituer, mieux prévenir, mieux orienter et, finalement, mieux utiliser chaque euro consacré à la santé.