Comité d’alerte du 20 avril : 2 milliards d’euros d’économies demandés à l’Assurance maladie… L’USPO propose des leviers d’efficience immédiats
Face à l’activation du Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’Assurance maladie et à l’objectif de 2 milliards d’euros d’économies sur l’Assurance maladie, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) rappelle que des marges d’efficience importantes existent, à condition d’engager des mesures pragmatiques et immédiatement opérationnelles. A ce titre, l’USPO formule plusieurs propositions concrètes, centrées sur la pertinence des soins, la lutte contre les gaspillages et le renforcement du rôle des pharmaciens dans le système de santé.
Renforcer les économies par le développement des médicaments génériques, biosimilaires et hybrides
L’USPO appelle à une politique volontariste reposant sur la réduction des techniques de contournement de la substitution des pharmaciens notamment dues à de fausses innovations, des associations opportunistes de deux molécules, des changements de dosage ou de forme, ou encore des prescriptions non substituables sans cause réelle.
Sur les biosimilaires et médicaments hybrides, les pharmaciens ont permis d’atteindre des taux de substitution supérieurs à 80 % ces derniers mois. Cette dynamique doit être consolidée par :
- une publication rapide des textes réglementaires,
- la suppression des freins injustifiés à la substitution,
- un renforcement du rôle du pharmacien dans son exercice professionnel.
L’USPO demande également l’accélération de la publication de textes ambitieux sur la substitution des dispositifs médicaux conformément aux dispositions législatives existantes.
Médicaments chers : payer l’innovation réelle et exiger la pertinence de la prescription dans le respect des indications remboursables
Dans un contexte de croissance soutenue des dépenses liées aux médicaments onéreux, l’USPO appelle à un changement de paradigme :
- financer les innovations apportant un bénéfice clinique réel,
- ne plus rembourser des médicaments « dits innovants » sans amélioration significative du service médical rendu (ASMR),
- défendre l’indépendance de la HAS contre les manœuvres dilatoires,
- développer des outils d’évaluation en vie réelle, notamment sur la qualité de vie des patients.
La pression exercée sur les autorités de santé pour obtenir des niveaux de prix injustifiés est contre-productive et consommatrice des possibilités de politique de prévention de l’Assurance maladie.
Adapter les conditionnements et généraliser la dispensation adaptée
L’USPO alerte sur l’inadéquation fréquente des conditionnements des médicaments, fixés lors de l’AMM mais rarement réévalués, malgré l’évolution des recommandations. Cette situation génère des gaspillages massifs, en particulier pour les traitements aigus et pour certains traitements chroniques.
L’USPO propose :
- une révision régulière des conditionnements de médicaments en particulier pour les antibiotiques et les anti-inflammatoires ;
- une coopération médecins-pharmaciens pour que la durée du traitement soit en adéquation avec l’AMM tout en améliorant l’observance des traitements par les patients ;
- la généralisation de la dispensation adaptée pour les médicaments à posologie variable (antidouleurs, constipation…) afin d’ajuster les quantités dispensées aux réels besoins des patients.
Déprescription : un levier majeur de pertinence
L’USPO appelle au déploiement de protocoles de déprescription structurés, reposant sur le trinôme médecin-pharmacien–patient, en ciblant en priorité :
- les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP),
- et les benzodiazépines.
La réduction des prescriptions inappropriées constitue un levier d’économie durable mais aussi de sécurité à l’égard des patients. Cette déprescription doit s’accompagner, au préalable, d’un changement du mode de rémunération du réseau officinal.
Activer le recours contre tiers : un gisement d’économies sous-exploité
L’Assurance maladie dispose d’un levier encore insuffisamment mobilisé : le recours contre tiers qui est estimé à plusieurs milliards d’euros. L’USPO propose de renforcer ce dispositif.
Mieux coordonner les parcours de soins grâce au DMP
Enfin, l’USPO souligne l’importance de la coordination des soins pour éviter la répétition d’actes inutiles. Cela passe impérativement par :
- un accès simplifié et intégré au Dossier Médical Partagé (DMP) dans les logiciels métiers,
- ainsi qu’une utilisation effective par l’ensemble des professionnels de santé.
Les pharmaciens d’officine sont des acteurs clés de l’efficience du système de santé.
Les propositions de l’USPO démontrent qu’il est possible de générer des économies substantielles sans dégrader l’accès aux soins, mais au contraire en améliorant leur pertinence et leur qualité.
L’accélération en officine des politiques de prévention, de repérage et de dépistage précoce, ou encore d’arrêt du tabac sont autant de leviers à développer et intensifier.
Aujourd’hui, le réseau officinal est en grande difficulté et les patients n’accepteront pas que des déserts pharmaceutiques prennent le chemin des déserts médicaux.
